De son vrai nom Christian Poitevin, Julien Blaine est né à Rognac en septembre 1942. Les postures radicales qu’il a adoptées autant pour son activité artistique que dans sa poésie, il n’en est pas moins un érudit étonnant dans le domaine de la poésie d’autrefois. On peut associer son mode d’expression aussi bien au dadaïsme qu’à Fluxus.
Avec Bernard Heidsieck et Jean-François Bory, il est sans conteste l’une des figures importantes, sinon incontournables de la création de ces dernières décennies. Son dessein n’est pas de prolonger et de renouveler des visées avant-gardistes, mais de proclamer la fin des activités liées à l’héritage des avant–gardes depuis le début du XXe siècle. Alors qu’il a produit de nombreuses performances, il a proclamé la fin de ce genre de représentation scénique. Il a tenu à faire le même sort à la poésie et aux arts plastique. Tout se traduit dan ses apparitions publiques et dans ses innombrables publications par une déconstruction du langage esthétique des créateurs les plus novateurs. Il a voulu montrer à quel point les arts et la littérature se sont retrouvés récemment dans une sorte de cul de sac dont il est impossible de sortir. Et il a illustré cette situation pathétique en concevant des ouvrages et des œuvres parodiques et iconoclastes. Les deux livres qu’il vient de faire paraître, BiMot (qui reprend les principes actualisés dans un livre précédent portant ce titre et paru en 1990)
Où des lettres ou des mots sont associés à d’autres en étant séparés par une large barre horizontale noire et puis sa Soup Julienne (sic), Quelques recettes, tirée à peu d’exemplaires, est constituée d’illustrations dénaturées avec des noms inventées de sauces pochées assez peu attractives pour le palais rien qu’à le regarder! Sa manière de tourner en ridicule notre vocabulaire gastronomique est une de ses provocations qui touchent tout ce qui nous séduit et constitue notre culture et notre idée du goût.
Avec lui, on n’en finit jamais de mettre à bas l’essentiel de ce qui a forgé notre esprit et notre sensibilité et quasiment la totalité des quêtes artistiques. Ce travail de saper rappelle les jeux des foires d’autrefois où il fallait faire tomber tous les éléments d’une pyramide chamboule tout).Son désir de ruiner nos dernières amours esthétiques, même celles qui étaient irrespectueuses de la haute tradition, Bien sûr, Blaine jour d’un paradoxe car ses performances, ses « tableaux » et « sculptures », ses livres pour bibliophiles avertis fait surgir cette dénonciation éhontée des choses les plus prisées de notre histoire occidentale se présente comme la marque au fer rouge de la culture de notre époque, qui semble n’être plus que la dépouille cocasse et brouillonne de ce que nous avons révéré sans réserve ou considéré comme la frontière de ce qui transfigure les valeurs véhiculées depuis parfois des temps immémoriaux.
Au-delà de l’anti-art, cet art lête bêche et passablement ridicule nous force à méditer sur ce que nous sommes en train de vivre et qui est une sorte de tsunami de l’expérience des sens et de l’intelligence qui s’est changé en une radote où ce qui dérive de l’avant-gardisme s’est métamorphosé en un cirque dévalorisé qu’est la bourse des valeurs de l’art. Et c’est un exercice spectaculaire d’autodérision.
BiMOT, Julien Blaine, AIOU intemporelles.
Soup Julienne, Julien Blaine, Redfox express.







